12 août 2007
Le collier de Shimrra - partie 1
Par wedge, 12 août 2007 à 07 08 :: Star Wars, Fan-Fiction
Environ huit mois plus tard.
La femme marchait rapidement. Les talons de ses chaussures claquaient sur le sol en permabéton de l’avenue. Emmitouflée dans un manteau hors de prix, elle essayait de se protéger des rafales de vents nocturnes qui soufflaient sur la cité d’Yractos. Elle serrait contre sa poitrine un sac à main de grande marque et jetait des coups d’œil soupçonneux à droite et à gauche. Bien qu’elle essayait de ne rien laisser paraître, elle semblait craindre quelque chose, alors même qu’elle évoluait dans une artère très animée de la ville. Après plusieurs minutes de marche, elle sembla se détendre et s’autorisa à ralentir. « Quelle idiote je fais. », devait elle penser, « Que peut il bien m’arriver en plein milieu de la foule ? ». Elle délassa le foulard qui lui couvrait la tête et laissa sa longue chevelure blonde cascader sur ses épaules. Elle avait la chance d’avoir gardé le physique de ses vingt ans alors qu’elle en avait dix de plus. Elle sourit quand elle nota les regards fugaces que lui adressaient certains hommes. Elle s’engagea soudain dans une voie perpendiculaire puis continua son chemin à travers un dédale de rues et de ruelles de moins en moins fréquentées.
Débouchant dans une rue totalement déserte, elle reconnu le porche d’immeuble qui signalait qu’elle était arrivée à destination. Toutes les fenêtres étaient couvertes par des volets roulants et aucune lumière ne filtrait de l’intérieur. Elle soupira de soulagement et s’empressa de s’approcher de la porte pour signaler sa présence aux gens qu’elle savait trouver à l’intérieur. Elle allait appuyer sur le bouton de l’interphone mais interrompit son geste quand elle sentit quelque chose de froid se poser sur sa gorge. Elle étouffa un petit cri aigu et se paralysa.
- Bonsoir, fit une voix masculine dans son dos.
La femme s’autorisa à tourner la tête à quatre-vingt-dix degré et du coin de l’œil aperçu une silhouette encapuchonnée se tenant à quelques centimètres d’elle. Son visage demeurait invisible. Son bras gauche, lui passait sous l’aisselle et tenait un fin et long couteau juste sous son cou.
- Vous… Vous n’avez pas besoin de me faire de mal, je vous l’assure. Mon argent et mes bijoux… ils sont à vous.
- Allons calmez vous, reprit l’inconnu. Je ne vous ferais aucun mal si vous m’écoutez attentivement. Quand à vos biens, ils ne m’intéressent pas. En fait je ne souhaite qu’une chose.
La femme eut soudain un étrange pressentiment. « Non ! Il ne veut quand même pas ça ! », « Il n’y a personne au courant à part moi et… » puis une autre pensée lui vint « Le salopard, il sait… », « C’est lui qui m’a envoyé ce type. ».
- Je… mais qu’est ce que vous voulez alors ?
- Oh, je crois que vous le savez parfaitement Madame Saante.
Elle sursauta en l’entendant prononcer son nom. Cette fois il n’y avait plus aucun doute, son agresseur était bien venu la récupérer. Il devait la suivre depuis son départ, ou peut être l’avait il attendu patiemment dans cette ruelle sombre.
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler…
- Tsss… allons allons. Donnez la moi.
- Vraiment je…
- Ecoutez, reprit il avec une voix plus ferme mais toujours aussi calme et apaisante, chaque seconde supplémentaire que je passe avec cette dague sous votre gorge multiplie les risques que je fasse un faux mouvement dont les conséquences seraient… fâcheuses. Alors finissons en vite et donnez la moi., répéta t’il.
La menace était à peine voilée mais peut être qu’il bluffait et qu’il n’oserait pas la tuer.
- Allez vous faire foutre !
- Aaah mais ca serait un plaisirs avec vous, dit-il d’un ton moqueur. Malheureusement, je n’ai pas le temps pour ca… une autre fois peut être.
La pression de la lame s’accentua sur son cou. Avec sagesse, elle se dit finalement qu’elle n’avait pas vraiment envie de savoir si cet homme mettrait sa menace à exécution ou non. Tremblante, elle ouvrit son sac et y plongea la main. Elle en sortit une datacarte bas de gamme, vierge de toute annotation, qu’elle tint entre son index et son majeur et qu’elle brandit par dessus son épaule. Une main s’en saisit délicatement et l’objet disparut de sa vue.
- Bien essayé, ajouta son agresseur amusé. La vraie maintenant.
Elle soupira. Cette fois ci, elle avait perdu. Elle exhiba une seconde datacarte que rien ne pouvait distinguer de la précédente. L’homme la prit et la rangea sous son manteau.
- Excellent se félicita t’il. Je vous remercie de votre aimable coopération et je vous souhaite une bonne fin de soirée.
Aussi furtivement qu’elle était apparue, l’arme disparut de sous sa gorge. Un bruissement d’étoffe lui signala que l’individu s’éloignait déjà mais elle n’osa pas bouger.
-Ah mince ! J’oubliais.
Elle se retourna. L’inconnu, vêtu de noir se tenait à quelques mètres d’elle. Il était beaucoup moins grand qu’elle ne l’avait imaginé. Il lui lança quelque chose qu’elle rattrapa au vol par réflexe. C’était une des deux datacartes. Nul besoin d’être grand clerc pour deviner qu’il s’agissait du leurre qu’elle avait tenté de lui refourguer.
- Ceci vous appartient je crois. Au revoir.
Il lui tourna le dos et s’éloigna. Elle le suivit du regard jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’angle d’une rue. Elle s’abstint d’essayer de le suivre. Ce gars était un pro et elle ne récupérerait pas la datacarte… pas ce soir… pas tant qu’elle serait en sa possession. Après… c’était une autre affaire. Elle s’assit sur les marches du porche et posa ses coudes sur ses cuisses, son menton reposant dans ses mains ouvertes puis soupira, l’air boudeuse.
Ravi de la tournure des évènements, Nevan Arlls, déambulait gaiement au milieu des habitants noctambules d’Yractos. Il rabattit sa capuche, sachant pertinemment qu’en public, celui qui cherche à se faire discret, obtient immanquablement l’effet inverse. L’air dégagé et sifflotant un vieil air taanabien, il se dirigea rapidement vers le centre-ville. Il longea les devantures de nombreux bars et boites de nuit. La population étant plutôt jeune et majoritairement humaine, Nevan aurait bien eu du mal à se faire remarquer au milieu des fêtards. Il sourit en pensant à la façon dont s’était passé son boulot de la soirée : net et sans bavure. Cette femme ne s’était pas doutée un seul instant qu’elle était filée et elle avait plutôt bien coopéré. Si tel n’avait pas été le cas, il ne l’aurait certainement pas tué. Mais ca elle l’ignorait. Il l’aurait simplement assommé et aurait récupéré ce qu’il désirait. Il était toutefois content de ne pas avoir eu besoin de lui infliger une vilaine bosse sur le crâne et dut admettre avoir été impressionné par son courage et son sang froid. Il se dit que son client n’avait sans doute pas finit d’entendre parler d’elle. Peu importe, ca ne le concernerait bientôt plus…
Nevan finit par entrer dans un des établissement, un sorte de pub à la mode tenu par un couple de Dralls. L’ambiance était aussi festive qu’arrosée et on pouvait y écouter de la bonne musique. Une serveuse le salua, il commanda un verre puis se dirigea vers le fond de la salle. Il repéra rapidement une table occupée par un immense Nautolan à la peau verte et une jeune humaine aux cheveux roux. Bières à la main, les deux compères chantaient en cœur une vieille chanson de pirates. Amusés, les clients de plusieurs tables voisines s’étaient joint à eux et levaient leur choppes bien haut au dessus de leur tête. Bien qu’elle soit totalement ringarde, personne ne semblait y prêter attention. En effet, elle avait tout ce qu’il fallait pour être une parfaite chanson d’alcooliques ; un air entraînant pour se balancer en rythme coude à coude et des paroles simples que l’on pouvait beugler aussi fort que l’on voulait sans se soucier de chanter juste ou faux. Nevan ne put retenir un éclat de rire au spectacle de ses deux amis plongés dans leur interprétation toute personnelle du titre dont voici les paroles :
Refrain :
Du lum, des femmes et d’la bière nom d’un hutt,
Avec tout ce pognon, on s’en paie tant qu’on veut.
Du lum, des femmes, et servit en moins d’deux,
A la prochaine escale, aux frais d’ces culs terreux.
Oh oh oh oh oh, aux frais d’ces culs terreux.
Hé oh ! Cap’taine nous prend pas pour des cons,
Partage le butin, ou c’est la rébellion.
On risque notre peau, à chaque opération,
Y’a souvent d’la bagarre, quand on débarque sur l’pont.
On négocie à coups de canons laser,
Un conseil si on s’pointe : dépose tes armes à terre.
Tant pis pour c’lui, qui jouera les cerbère,
Une chose est sure, il fera pas une grande carrière.
On écume l’espace, à bord d’nos vieux rafiots,
De la Bordure Extérieure au fin fond du Noyau.
Suis bien les ordres, surtout n’en fait pas trop,
C’est sur la piraterie, c’est pas pour les héros.
A trois parsecs, de la base c’est les glandes,
Les moteurs en panne, l’hyperdrive qui nous plante.
Le boss qui gueule, les gars qui s’impatientent,
Et puis la propulsion, toujours récalcitrante.
Terminant sur un tonitruant « Oh oh oh oh oh », Hoys et Seïthra remarquèrent la présence de Nevan qui les observait et levèrent leurs verres à son encontre pour saluer son arrivée.
- Hé Nev ! s’écria la jeune sorcière. Pose tes fesses ici et raconte nous tous.
- Ouais… faut bien que je raconte vu que c’est moi qui me farci tout le boulot, rétorqua t’il. Comme d’habitude en somme.
- Ben ouais, ricana Hoys, mais ca nous va bien en fait.
- Bon alors, tu l’as ? s’impatienta Seïthra.
Nevan leva les yeux au ciel. Il sortit d’une poche la datacarte qu’il avait pris à la femme et la tendit à sa compagne. Elle s’en saisit et la fit tournoyer entre ses doigts pendant que le jeune voleur leur décrivait brièvement ce qu’il avait du faire pour récupérer l’objet.
- Bref, finalement elle me la filé et je suis revenu directement ici. Donc pour résumer j’ai trouvé le boulot, négocié avec le client, fait ce qu’il voulait, tout seul, pendant que vous vous êtes bien au chaud ici à vous enfiler des canons. Paie ton esprit d’équipe !
Hoys éclata de rire et Seïthra fit la moue, prenant un air faussement apitoyé.
- Mon pauvre choubidou, se moqua t’elle avant de lui plaquer par surprise un baiser sonore sur les lèvres, voilà pour te récompenser. Allez nous la fait pas Nev, reprit elle après lui avoir adressé un clin d’œil complice, tu sais bien qu’on t’aurait servit à rien et que, en plus, t’a adoré cette petite virée en solo.
Le jeune homme refusa de l’admettre publiquement mais il ne put s’empêcher de sourire en réalisant que Seïthra avait visé juste. Quelques fois, l’aptitude qu’elle avait à lire les sentiments des gens se révélait exaspérante.
- En tout cas, intervint Hoys, ce cher « intègre et droit Directeur Général Saante », il va être bien content de remettre la main sur la comptabilité de son « honnête entreprise ». C’pas les gars ?
- C’est sur que si ces « calomnieuses » rumeurs de détournement avait trouvé de quelconques éléments susceptibles de les étayer, le scandale qui en aurait résulté aurait été fort ennuyeux. Heureusement qu’on était là pour s’assurer qu’un tel scénario ne se réalise pas.
- Jusqu’à la prochaine fois, souligna Seïthra.
- Oui comme tu dis. Hoys, j’aimerais bien que Vicky nous fasse une petite sauvegarde de la carte, ca pourrait servir à l’occasion.
Le Nautolan soupira et alluma avec regret le terminal portatif sur lequel était stockée l’intelligence artificielle qui faisait office de soutien logistique à leur petite compagnie d’aventuriers mercenaires. L’image de Vicky se matérialisa, flottant à quelques centimètres de l’épaule de Hoys, comme si elle y était assise. Quelques clients des tables alentours furent surpris par l’apparition avant de s’en désintéresser pour retourner à leurs boisson et leurs conversations.
- Vicky, expliqua Hoys, on a récupérer ce que voulait le client. Fais nous en une petite copie au cas ou, lui ordonna t’il en glissant la carte de données dans le périphérique d’accès de l’I.A.
- Ah, un peu de crédits frais en perspective, se réjouit la twi’lek virtuelle, c’est pas du luxe au rythme ou vous les dépensez…
- Que veux tu, s’amusa Seïthra, nous sommes des bons vivants.
- J’avais pas remarqué, ironisa t’elle. Copie enregistrée. Je me connecte au réseau pour envoyer le message convenu au client.
- Nickel, approuva Nevan, après tu contacteras Deval, sur son comlink personnel. Prends rendez-vous pour voir ce qu’il a d’autre pour nous.
Le Deval en question était un Duros rusé qui gagnait sa vie à jouer les intermédiaires entre les gens fortunés qui avaient des problèmes et des individus peu fréquentables qui s’évertuaient à résoudre ces problèmes contre des crédits sonnants et trébuchants. Inutile de dire que le Duros, loin d’être un philanthrope, touchait de coquets pourcentages sur les missions qu’il dispatchait.
Sur ces mots, Seïthra commanda à grands cris en direction d’une serveuse une nouvelle boisson. Nevan et Hoys lui emboitèrent volontiers le pas.